Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


Attentat au hachoir. Menace sous estimée? Non! “faux débat”dit un “grand flic” René-Georges. QUERRY

Publié le 27/09/2020 à 17h22 | , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,  | Écrire un commentaire.

René-Georges Querry appartient à la catégorie des « grands flics ». L’homme a occupé quantité de postes sensibles, et a été un des piliers de l’anti-terrorisme dans la Police. Ancien de la BRI, il a été patron de l’UCLAT, (Unité de coordination de la lutte anti-terroriste), mais aussi celui du SPHP, le service de protection des hautes personnalités, dont il a, à l’époque révolutionné les méthodes, pour en faire un « outil » d’excellence. Il a été le « Monsieur sécurité » de la Coupe du Monde 1998. Et le conseiller de plusieurs ministres de l’Intérieur. Après une brillante carrière, le haut-fonctionnaire a basculé dans le « privé », mais a toujours gardé des liens étroits avec la « maison Police ». Il est toujours « au parfum » et très bien informé.
Son expérience rare en fait un interlocuteur privilégié, qui a dans un entretien, sans détour, focalisé sur le débat de la protection de la rue abritant les anciens locaux de « Charlie-Hebdo », qui a surgi à la « une » après « l’attaque au hachoir ». « Jo Querry » comme l’appellent ses proches, livre sans détour, ni précaution de langage, son point de vue argumenté, sur un débat, qui pour lui, « n’a pas de sens ».

ITW.

Frédéric Helbert : Après l’attentat, un débat, voire une polémique, alimentée même par le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’est invitée dans la rue, dans les médias, chez les politiques, sur une éventuelle protection policière dont aurait pu ou du bénéficier la rue abritant les anciens locaux de« Charlie », théâtre de l’attentat. Vous apparait-il fondé ? Quel regard le spécialiste, autant de terrains que de dossiers que vous êtes, portez sur la question ?

René-Georges QUERRY : Il faut remettre les choses à leur place et éviter les « faux, les mauvais débats ». J’entends tout et n’importe quoi. Mais chez nous il y a des règles,  La logique en matière de protection dans ce dossier, c’était avant tout de se concentrer sur le procès des « attentats de Charlie, de l’hyper-casher, et de Montrouge ». Et dans ce cadre il y a une « doctrine ». La « priorité des priorités » est la protection de l’intégrité physique des personnes, toutes celles qui sont au regard d’une évaluation stricte, considérées comme d’éventuelles cibles d’une possible opération terroriste. Ca fait déjà beaucoup de monde, entre les rescapés de la tuerie, leurs proches, les gens travaillant pour Charlie, les personnels judiciaires, les témoins essentiels, etc… Et c’est cela qui mobilise avant tout les services spécialisés. C’est la priorité n°1. C’est dans ce cadre d’ailleurs, au vu des menaces avancées par Al Qaeda, que la DRH de Charlie, a été exfiltrée de son domicile. La seconde priorité est celle des bâtiments dits sensibles. Et là, l’hyper-protection, constante, déjà mise en place autour des actuels bâtiments de « Charlie-Hebdo », et du Palais de Justice ont encore été renforcés.
Après quand j’entends dire que la menace a été sous-estimée, que la rue Nicolas-Appert, aurait du bénéficier d’une protection, je ne peux pas souscrire à une telle affirmation, je m’y oppose même catégoriquement, quand bien même le propos viendrait du Ministre de l’Intérieur. Cela fait des années que « Charlie » avait déserté ses anciens locaux. Lesquels je peux vous le dire, ont encore été protégé pendant 6 mois après l’attentat, alors qu’ils étaient vides. Jusqu’à ce que l’on se dise, en fonction d’une évaluation politique et policière, que cela n’était plus nécessaire, même d’un point de vue psychologique.

FH : Donc vous estimez qu’il s’agit d’une polémique inutile ?

R.G QUERRY : Elle est absurde. S’il faut tout protéger, tout le temps, on va ou ? L’action qui a été commise, au nom d’une protestation violente contre la republication des caricatures du prophète, aurait pu se passer n’importe où, absolument n’importe où en France, et être revendiquée comme t-elle ensuite. Ce type d’actions, mené par un seul individu avec une arme blanche, est irrationnel, imprévisible par nature, et même « débile » quand on sait que le terroriste s’est trompé de lieu de frappe, au regard de son but initial. Non, la menace n’est pas sous-estimée, on sait qu’elle existe, on sait, on l’a vu, qu’elle peut peut intervenir partout, dans un kiosque à journaux, au fin fond d’un centre commercial, dans la rue, dans n’importe quel coin de Province, que sais-je encore. Tout est possible. Quand on sait cela, après on fait quoi ? Où sont les bornes et les limites ? Il faut protéger qui, quoi ? Soyons sérieux ! Et ne tombons pas dans des polémiques politiques, ou autres, stériles et qui ne mènent nulle part »

F.H : Mais alors comment interpréter le propos du Ministre de l’Intérieur,  Gérald Darmanin, estimant que la menace a été sous- estimée, qu’on aurait pu mieux faire ?…

R.G QUERRY : Je pense que le ministre de l’Intérieur vise deux objectifs. Il fait de la politique en se protégeant lui-même, disant qu’on ne lui avait rien demandé… Et se dédouane et en mettant un caillou dans la chaussure du Préfet de Police de Paris, Didier Lallement, avec lequel les relations ne sont pas bonnes. Mais techniquement, cela n’a pas de sens. Ce débat n’a pas lieu d’être. C’est toujours facile après de dire
« il eut fallu », « on aurait du ». “y’avait qu’à”… Mais dans l’affaire qui nous préoccupe, on est dans l’irrationnel. Un fondu se pointe de manière improbable rue Nicolas Appert, croit être aux portes du journal satirique, sort sa feuille de boucher et frappe deux personnes, qui se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Qui aurait pu imaginer, prévoir anticiper un tel scénario ? C’est malheureusement   imparable. Et il n’est même pas sur qu’une protection, s’il y en avait eu une, aurait pu empêcher ce qui s’est passé.

F.H : Plus généralement, que pensez-vous de la manière dont les « mécaniques médiatiques et politiques » se sont emballées à nouveau ?

R-G QUERRY : Je trouve cela totalement disproportionné. Même au regard du contexte. Le terrorisme est consubstantiellement lié à la propagande et à l’impact médiatique. Le terrorisme, c’est une guerre psychologique, et cet emballement dont vous parlez est contre-productif. Il crée un supplément d’angoisse. C’est « pain béni » pour les terroristes islamistes. Les images qui tournent en boucle. Les politiques, dont notamment, ceux qui étaient aux affaires à l’époque, (cf. Hollande, Valls…), qu’on voit et revoit d’un plateau à l’autre, ou que l’on entend à la radio, nourrissent ces sentiments anxiogènes. Que les citoyens, qui peuvent se retrouver à tout moment, des cibles sans défense, expriment une, crainte, une peur légitime, cela se conçoit, mais c’est justement aux politiques, aux « experts », que revient le rôle de « recadrer » les choses, et non de laisser, voire de faire le débat s’envoler dans tous les sens. Laissons les pros faire leur travail, hors la présence des caméras, micros, ou appareils photo, qui étaient – je le déplore-  présentes en nombre lors des perquisitions, et laissons-les tirer les conclusions qui s’imposeront quand l’enquête aura abouti. Sans rouvrir – comme à chaque attentat, où tentative d’attentat, des débats qui débordent largement le cadre des faits commis. En tous les cas, je le dis une dernière fois. Celui sur une sous-évaluation de la menace, et une absence de protection rue Nicolas Appert, m’apparaît injustifié, inutile et vain.

Propos recueillis par Frédéric Helbert.


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre, (souvent), journaliste d'investigation, multi-médias, tous terrains, membre de l'association de la presse judiciaire, passionné par les phénomènes terroristes depuis le début de ma carrière à Europe11. Tropisme assumé pour le Moyen-Orient et la péninsule arabe-musulmaane. Jamais rassasié d'infos,  accro à tous types d'enquêtes et reportages, j'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. En toute liberté. Vos témoignages, vos infos, vos commentaires sont  bienvenus!

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