Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


Arnaud Beltrame. La vie d’un gendarme d’exception, mort pour la France

Publié le 24/03/2018 à 16h26 | , , , , , , , , , , , ,  | Écrire un commentaire.

gendarme

C’était en décembre dernier. Un exercice de simulation d’une « tuerie de masse terroriste » – sinistre présage – organisé à Carcassonne, là même ou l’équipée meurtrière a débuté. Le Lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui était à la manoeuvre avait lâché un propos étonnamment prémonitoire rapporté alors par la « Dépêche du Midi » : « Ce qu’on veut c’est être au plus près des conditions réelles. Il n’y a pas de scénario pré-établi ».

Hier, le gendarme a agi ainsi « sans scénario pré-établi ». Mais cette fois les balles et le danger de mort étaient bien réels. « Il savait qu’il y avait des otages encore cachés dans le magasin, et une femme sous la menace directe de celui qui avait déjà tué plusieurs fois. Il savait qu’il y avait déjà des morts, des blessés dans le Super U.  Sa décision n’a pas été celle d’une tête brulée » dit un de ses camarades. Arnaud était un homme réfléchi mais qui savait aussi suivre son instinct. Un type exceptionnel aux états de service exceptionnels ». La formule n’est pas superfétatoire. Fils de militaire, très tôt passionné par le métier des armes, Arnaud Beltrame était sorti major de sa promotion à l’école Inter-Armes (EMIA) de Saint-Cyr Coëtqidan en 1999. « C’était à la fois une sacrée « tronche » et un homme de terrain au top  dit un de ses camarades de promotion. Il ne savait pas ce qu’était le mot renoncement. Il n’abandonnait jamais. Ses formateurs louaient son esprit d’initiative, et sa détermination, son exigence,  son sang-froid face aux situations les plus périlleuses. C’était un frère d’armes et un camarade hors-pair ».

En 2001, il sort encore une fois major de sa promotion (« Capitaine Gauvenet ») de l’école des officiers de Gendarmerie. 2 ans plus tard, à la recherche de l’excellence à tout niveau, il fait partie des 7 candidats sur 80, retenus pour intégrer le GSIGN. (Groupement de sécurité et d’intervention de la Gendarmerie Nationale), qui regroupe aujourd’hui le GIGN, le GSPR et l’EPIGN où l’on se souvient de son passage. Très vite, Arnaud Beltrame deviendra le n°2 de l’unité. Il est breveté parachutiste, « chuteur-opérationnel » : « Cà c’est le top du top, les « chuteurs » ce sont des combattants hors-norme, susceptibles d’être parachutés à très haute altitude, et de « déclencher » au plus tard,  pour se retrouver derrière les lignes ennemies où au coeur du front, afin d’y mener les missions les plus dangereuses » raconte un ami de l’époque du militaire, quelques larmes dans la voix. « Ce mec avait tout pour lui, il réussissait tout, mais il ne se la pétait pas. Il était humble et cool, toujours désireux de se perfectionner, d’aller plus loin, et en même temps de partager son expérience. Et Son courage n’avait pas de limite ». 

En 2005, il est déployé en Irak, le pays alors de tous les dangers, où l’EPIGN est chargé de protéger l’ambassade de France qui n’est pas dans la zone verte – protégée par les américains et bardée de ‘check-points’-  est plusieurs fois cible d’attaques avortées. Ou les prises d’otages se succèdent. Les diplomates en déplacement sont toujours entourés par un dispositif lourd. Un ex-agent de la DGSE, qui fut en poste là-bas se souvient qu’Arnaud Beltrame était un « type aux nerfs d’acier. Sérieux quand il le fallait, et toujours cool, quand  l’ambiance se détendait au sein du bâtiment totalement « bunkerisé » et  même fendard parfois». Sa bonne humeur permanente était contagieuse. A l’image de son sens du devoir, et de la volonté d’accomplir sa mission au mieux. Le militaire revient d’ailleurs d’Irak à nouveau décoré : Et la médaille n’est pas la moindre. C’est la croix de la valeur militaire. Obtenue pour avoir mené à bien une mission de récupération particulièrement périlleuse d’une française menacée par un groupe terroriste.

De retour dans l’hexagone, il devient commandant au sein de la Garde Républicaine, et va assurer pendant 4 ans la sécurité du Palais de l’Elysée. Au passage, il récolte la légion d’honneur. Avant de récupérer un commandement de groupement à Avranches dans la Manche. « C’était çà Arnaud. Il pouvait et voulait tout faire, vivre toutes les expériences. Il était promis à un grand avenir au regard de tout ce qu’il avait entrepris avec succès. C’était un parcours zéro faute. Il était tourné vers les autres, il aimait les autres, et il aimait passionnément son job ».

En 2016, nouveau cap: Outre ses diplômes militaires, Arnaud Beltrame est titulaire d’un master en intelligence économique. Il est alors détaché auprès du Ministère de l’Ecologie. Il y est nommé conseiller spécial auprès Sa mission est de coordonner les actions entre le Ministère et la Gendarmerie. Un haut fonctionnaire se souvient «  d’un type charmant, qui percutait tout de suite et était soucieux des problématiques sociétales. Son ambition «était de « servir » au sens noble du terme, d’être utile, et de faire honneur à son arme. Il avait en lui l’amour de la patrie et le sens de l’état »

Puis c’est le retour sur le terrain pour le gendarme si polyvalent, qui devient commandant-adjoint à la tête du groupement de l’Aude. Et c’est ainsi qu’il avait dirigé en décembre dernier ce fameux exercice contre-terroriste terriblement prémonitoire.

« Sa décision, de se proposer en échange de la femme que le terroriste gardait directement sous la menace de son 9mm et de son couteau, il l’a prise calmement dit un gendarme présent. Le GIGN n’était pas encore là. Nous étions les primo-intervenants. La situation était brulante. Il y a eu des coups de feu, et là, il a décidé d’y aller. De proposer l’échange. Il savait aussi tous les risques encourus, que le tueur s’en était déjà pris directement aux forces de l’ordre. Il savait que les jihadistes se revendiquant de Daech, ne pensent qu’à tuer du flic, ou du militaire en priorité. Qu’il prenait des libertés sur ce coup-là  avec la doctrine et les règles d’intervention, sévèrement normées.  Mais il voulait que ca se débloque vite. Que l’hémorragie s’arrête. Peut-être pensait il pouvoir prendre le dessus sur le terroriste ». Alors il a négocié l’échange. Le terroriste a accepté. Et Arnaud Beltrame est rentré sans armes à l’intérieur, juste avec son portable, qu’il a laissé ouvert et posé discrètement dans un coin sans que le terroriste s’en aperçoive.

Que s’est-il passé ensuite, trois heures durant avant l’issue fatale? Y a t-il eu dialogue entre les 2 hommes ? Arnaud Delambre a t-il tenté à un moment de neutraliser le terroriste à mains nues ? Pour l’heure, ce volet reste obscur. Pas une source pour me raconter un épisode apparaissant comme classé secret-défense. « C’est trop tôt dit un homme qui sait. On verra plus tard, peut-être.  Aujourd’hui, c’est le temps de l’ hommage ».

C’est en tous les cas dès que les hommes du GIGN, en position, ont entendu des coups de feu, qu’ils sont intervenus. Des coups de feu qui n’ont pas été tirés en l’air. Quand l’une des colonnes du GIGN se retrouve face au terroriste, le corps du gendarme héroïque git à ses pieds. La fusillade instantanée entre Radouane Lakdim ne dure que quelques secondes. Un gendarme du GIGN est légèrement touché, le terroriste est tué. Les Hommes du « GI » se précipitent alors. Arnaud Beltrame a été très durement atteint à bout portant. Trois balles et des coups de couteaux. Il est dans un état désespéré. Transporté en hélicoptère à l’hôpital de Carcassonne, il décédera dans la soirée des suites de ses blessures, selon une source médicale. 

« C’est terrible soupire un responsable de la Gendarmerie, terrible pour sa compagne, ses parents, et puis tous ses hommes, tous ses amis, tous ceux qui ont croisé sa route ». Mais le lieutenant-Colonnel Beltrame savait les risques du métier, et ceux qu’il a pris en toute conscience. Fidèle à ses valeurs, et à la devise du GIGN qu’il aurait pu intégrer s’il l’avait voulu : « S’engager pour la vie ». Arnaud Beltrame est allé jusqu’au sacrifice ultime avec l’idée de sauver des vies. Il est allé jusqu’au bout du sens qu’il se faisait de sa mission. L’onde de choc de son assassinant traverse tout le pays, mais dépasse les frontières. C’est un hommage international, mêlant grande émotion et fierté, qui est rendu aujourd’hui à un militaire tombé en héros pour la France.

Frédéric Helbert


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre, (souvent), journaliste d'investigation, multi-médias, tous terrains, membre de l'association de la presse judiciaire, passionné par les phénomènes terroristes depuis le début de ma carrière à Europe11. Tropisme assumé pour le Moyen-Orient et la péninsule arabe-musulmaane. Jamais rassasié d'infos,  accro à tous types d'enquêtes et reportages, j'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. En toute liberté. Vos témoignages, vos infos, vos commentaires sont  bienvenus!

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