Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


L’hommage discret aux hommes de la DGSE morts en service commandé en Somalie

Publié le 15/01/2013 à 06h19 | , , , , , , ,  | 17 commentaires.

En toutes circonstances, la règle du secret

C’était hier, derrière les murs épais de la caserne Mortier, abritant le Quartier-Général de la DGSE. Un hommage, un vrai, a été rendu aux 3 hommes que la DGSE a perdu lors de la tentative désespérée de sauvetage de l’agent « Denis Allex » en Somalie. Mais comme à l’habitude, tout s’est joué dans l’ombre, hors la lumière des caméras. C’est la vocation du service. Hommes de l’ombre dans la victoire, hommes de l’ombre liés hier dans la douleur après un échec sévère, mais dont on se demande s’il était évitable au regard des conditions d’interventions. La DGSE ne rentrera pas dans le débat politique des choix imposés par le chef de l’Etat François Hollande, de son changement de cap quant à la gestion du dossier otages.S’exprimer publiquement pour la DGSE est un exercice qui n’appartient pas à la gamme d’armes du service.

L’hommage de la DGSE, donc à la différence de celui qui sera rendu aux Invalides, aujourd’hui au pilote d’hélicoptère du 4ème RHFS, le Liueteant Damien Boiteux, et télévisé, est resté une affaire interne. Une affaire de famille. La photo du lieutenant Boiteux, pilote chevronné, a été naturellement distribuée aux médias par le service d’informations aux armées et l’hommage prévu en son honneur sera public. Un hommage de la Nation. Sa famille a pu exprimer sa douleur lors d’un reportage touchant au 20 heures de TF1. Rien de tout cela pour les hommes de la DGSE. Leur succès (nombreux ces dernières années) comme leur échecs restent « condamnés » à un anonymat et un silence lié aux règles du service. A Mortier Les drapeaux ont été mis en berne, et face à tous les personnels réunis, silencieux, le coeur lourd,  le préfet Erard Corbin de Mangoux a confirmé ce qui était acquis pour lui: le décès de l’agent-otage lors de l’opération conduite de nuit  à Mogadiscio,  destinée à tenter de le sauver, et la disparition de deux autres hommes, pris dans la tourmente les combats qui ont opposé le commando aux Shebab, présents en surnombre et lourdement armés. Le Préfet, patron de la DGSE, nommé par Nicolas Sarkozy, confirmé par François Hollande, estimé pour être un grand-commis de l’Etat,  dans une période difficile, ou les affaires d’otages n’ont cessé de monopoliser les efforts de plusieurs centaines de femmes et d’hommes de la centrale du Renseignement depuis des mois et des mois, à un titre ou un autre, à un moment ou un autre, le « boss » de la DGSE a donc évoqué les conditions dans lesquelles les hommes du SA (Service Action) qui sont intervenus, sont morts, affirmant alors que rien, n’a t-il dit, conformément à la règle ne serait communiqué: Aucun détail sur l’identité, les grades, les fonctions, et les circonstances de la mort des trois agents, dont la dépouille d’seul a pu être ramené par ses pairs de Somalie. Grièvement touché lors des45 minutes de combats, une éternité, qui ont opposés les hommes de la DGSE aux shebab, qui surgissaient de partout, on sait que l’homme a pu être ramené à bord du navire d’où le commando avait décollé, le Mistral, mais qu’il n’a pas survécu à ses blessures. Nous ne saurons jamais qui étaient ceux ont choisi de servir dans l’ombre, à l’heure ou tant recherchent la lumière.

Erard Corbin de Mangoux a aussi tenu à préciser, que les 17 somaliens tués dans les combats, étaient tous des combattants. Des hommes parfois vêtus  en civil mais ayant tous usé d’armes pour faire feu sur les français.

Ainsi vont les choses à la DGSE. L’ombre est leur domaine, dans la victoire comme dans la défaite. L’ombre quand on réussit à sortir des « otages » d’Afghanistan, d’Irak en milieu hostile. L’ombre lorsque survient un coup dur. S’expliquer ou se justifier n’appartient pas à leur registre. C’est la loi d’un service véritablement secret. Où l’on fait silence dans les rangs et l’ on se serre les coudes lorsqu’arrive un mauvais coup.

Malgré le froid, et la peine, la discrétion imposée, l’hommage, célébré en présence du coordinateur du Renseignement Ange Mancini, qui fait le lien entre DGSE et DCRI, un lien oh combien précieux par les temps qui courent, « avait de la gueule dit un dur du Service. Le patron s’est exprimé avec force et dignité dans une ambiance lourde, sans même vouloir répondre aux critiques venues d’ici ou d’ailleurs, refusant la polémique.

Pour ceux qui connaissent de près ou de loin, les arcanes de la DGSE, Erard Corbin de Mangoux ne s’est pas exprimé devant un contingent de « gros bras ». A la DGSE, il y a des gens qui n’ont jamais manipulé une arme, qui sont bien loin des clichés cinématographiques de l’agent secret, mais dont les compétences, les connaissances ou les facultés d’analyses n’en sont pas moins indispensables au fonctionnement de la chaine… Et c’est devant tous que « le patron » a rendu digne hommage aux hommes tombés en service commandé.

Dans l’après-midi, pourtant nouveau coup dur. La rumeur du matin a été confirmée: Les Shebab n’ont pas manqué de photographier le cadavre de l’officier de du commando la DGSE, ainsi que la croix qu’il portait autour du cou, ou les armes qui étaient siennes. De les publier sur Twitter assortis de commentaires de propagande et de défis. Et d’annoncer une éventuelle nouvelle mise en scène macabre en certifiant que l’otage « Denis Allex » n’avait pas été tué, mais que depuis il avait été  « jugé », et que les shebab feraient savoir le verdict bientôt. Là encore, pas une réaction, pas un mot sorti des rangs de la caserne Mortier. Ce sont les politiques qui sont montés au créneau.

Ce matin alors que l’on rendra l’hommage public aux Invalides au pilote d’hélio le lieutenant Boiteux, les femmes et les  hommes de la DGSE, quelques soient leur fonctions seront retournés au boulot, parce que la guerre continue, parce qu’il faut du renseignement sûr, parce qu’il faut traiter avec les hommes du MLNA, les touaregs, qui proposent, sous conditions, d’assister les français pour achever le travail au sol, parce que d’autres otages sont à sauver, parce que sans le Renseignement la guerre contre les terroristes ou quelque ennemi que ce soit  n’est rien, parce que le sens de la mission prime sur tout, parce que c’est la loi du service… Et que le sens du devoir guide tous les membres de la « grande maison » à la respecter. En poussant l’abnégation et le professionnalisme parfois jusqu’à un point exceptionnel: La famille de l’agent que l’opinion publique ne connaitra jamais autrement que sous le pseudo de « Denis Allex » , ignorait tout de la réalité de son activité au sein de la DGSE jusqu’au jour où il a été enlevé.

Grandeur et servitude du métier si particulier d’agent secret…

Frédéric Helbert


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre et  journaliste d'investigation, multi-médias,  membre de l'association de la presse judiciaire, passionné par les phénomènes terroristes depuis le début de ma carrière. Très souvent sur le terrain, je souhaite partager avec tous les faces parfois moins visible des enquêtes et reportages. J'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. Ce site m'en offre la totale liberté. Vos témoignages, vos informations sont  bienvenus!

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  • loustic : Merci pour votre travail précis, dénué de sensationnalisme inutile, vous êtes une référence, continuez de nous informer merci
  • titof : pourquoi attendre , si nous avions détournés une tel somme nous serions déjà en prison depuis longtemps . Pauvre France si elle était...
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