Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


Denis Allex. Opération dernière chance DGSE contre les Shebab. L’échec d’un rien. Révélations.

Publié le 14/07/2013 à 21h58 | , , , , , , , ,  | 8 commentaires.

Les hommes de la DGSE n’ont pas défilé le 14 juillets sur les Champs-Elysées. A cette cérémonie traditionnelle , où  la France rend hommage à son armée, dans toutes ses composantes, les « soldats » des services spéciaux français ne sont jamais conviés. C’est la règle. Ils le savent. Ils ont signé pour.  Les honneurs ne sont pas pour eux. Même si certaines de leurs opérations deviennent par la force publique des choses, les victoires comme les défaites restent « affaires de famille ».

Retour sur la planification et la réalisation d’une incroyable opération, un gigantesque « mécano », monté par La DGSE pour tenter de sauver l’agent-otage Denis ALLEX.  

Il y a 6 mois, la DGSE a mené une opération qualifiée de la « dernière chance », pour tenter de sauver l’un des siens: L’agent connu sous le pseudonyme de Denis Allex,  kidnappé lors d’une mission clandestine en Somalie à Mogadiscio, un 14 juillet justement. C’était en 2009. Sans doute alors « balancé », alors qu’il opérait, sous « couverture », auprès d’un vague gouvernement officiel dit de transition… « Balancé » dans le chaos ambiant entre les mains d’islamistes redoutables, les  shebabs. Denis Alex n’était  pas seul alors. l’autre agent du service action capturé en même temps que lui, « Marc Aubrière », avait réussi une fantastique évasion, plus d’un mois après la capture,  en pleine nuit, se libérant de ses liens, se fabriquant avec des morceaux de vieux linge déchirés des « chaussures de fortune », et en réussissant à s’extraire de son lieu de détention par une nuit noire. Il avait erré longtemps, partant dans une mauvaise direction, essuyé des coups de feu lâchés dans le noir,  sans être touché, avant de trouver au bout de plusieurs heures le bon cap, la bonne direction et d’être récupéré par les autorités.

Pour Denis Allex, le calvaire s’est poursuivi. La France a alors tenté de négocier. Utilisant notamment des émissaires érythréens. L’ambassade de France en Erythrée, dont le boss était  alors l’ancien journaliste-baroudeur, Roger Auque, ex-otage des années noires de la première guerre du Liban, servait de « point-relais ». Mais le groupe détenant l’agent de la DGSE présentait des requêtes exorbitantes et souvent changeantes. Ils voulaient des libérations de certains de leurs « camarades », pirates des mers, capturés par les forces françaises lors d’opération de libération de navires et d’otages, comme « le Ponant ». Ils ont aussi réclamé 90 millions d’euros(!), et l’abrogation de la loi sur l’interdiction du port du voile en France. « C’était n’importe quoi et ça changeait tout le temps dit un négociateur de l’époque. Les ravisseurs n’arrivaient même pas à se mettre d’accord entre eux. Il est apparu qu’il serait impossible de faire libérer notre camarade. Qu’il allait rester éternellement détenu dans des conditions barbares. Il était devenu dans l’esprit des Shebabs leur « assurance-vie ». Et le plus ancien otage français après plus de 3 ans de captivité… Quelque soit sa force, on voyait sur les vidéos qu’il était à bout.

L’impasse semblait totale, jusqu’au jour, où, enfin après  des milliers d’heures de recherches, utilisant tous les moyens possibles, et avec l’aide technologique américaine, arrive « le bon renseignement », le tuyau en or:  Vers l’été 2012, Denis Allex est localisé. La DGSE parvient à établir le lieu où  il est détenu. Le village, Buulo-Marer, la maison même! Commence alors une opération de renseignement à grande échelle pour confirmer à 100% le tuyau et permettre la planification d’une opération militaire, sans précédent, pour tenter de libérer l’agent. Une opération qui se fera sur décision du plus haut échelon politique. François Hollande donne son aval.

Renseignement humain sur le terrain en Somalie. Planification d’une opération sans précédent.

Pendant plusieurs mois, dans la clandestinité totale, des hommes de terrain de la DGSE, vont réussir à s’infiltrer, pas à pas,  au plus près du lieu de détention. Des reconnaissances sont faites, des planques installées. « On a fait du vrai renseignement humain. Du visuel! en plein milieu hostile, où la moindre erreur serait fatale raconte un analyste des services français. Il n’y avait pas d’autre choix. Dans cette affaire impossible de  ne pas aller au contact pour obtenir de que l’on voulait. La maison ou était détenu Denis Allex, l’identité des preneurs d’otages, leurs habitudes, tout a été décortiqué. Les moindres détails sont récoltés. Les agents du Service Action prennent des photos, notent tout, finissent par apprendre même dans quelle pièce exacte, leur camarade est retenu, quand il a le droit de bouger, la nuit, pour faire un peu de toilette.

Par 3 fois, jusqu’au « top opération », la maison-prison reconstituée pour « affiner » le plan de sauvetage

Vient alors le temps de bâtir un plan opérationnel. En France, sur une base secrète, la maison est alors  entièrement reconstituée -par deux fois!- dans  ces moindres détails…  L’opération a été répétée, une fois, dix fois cent fois. » Pour nous, c’était jouable dit un homme d’action. L’opération avait sa chance, ses risques évidents, mais sa chance« … Pour  y parvenir, il fallait que tout soit réglé au millimètre. et tout l’a été. Le plan est mis en oeuvre dans des conditions réelles à plusieurs reprises. 50 hommes, tous des experts,  brevetés parachutistes, (appartenant à l’unité de Denis Allex, le CPIS (Centre parachutiste d’instruction spécialisé), la formation héritière du 11ème choc, sont mobilisés pour passer à l’action en Somalie. Tous sont volontaires. Tous savent les risques. Aucun n’a hésité. Dans le commando, se trouvent des amis personnels de l’agent détenu, des anciens compagnons de missions. Ceux qui ont bien vu sur les vidéos distillées par les shebabs que leur « frère d’armes » perdait ses forces, ceux qui ont compris qu’ils ne serait jamais libéré… Dans le groupe, on retrouve des hommes qui ont participé à d’autres missions de « récupération d’otages français.

Des hélicoptères de transport et d’assaut, des « Caracal » EC 725, appareils affectés au SA de la DGSE, et leur pilotes d’élite sont aussi « intégrés » dans l’équipe. Leur rôle est essentiel. Chaque homme emmène un « barda » de plusieurs dizaines de kilos -ils ont l’habitude- et des armes automatiques en tout genre. des munitions dernier cri, des explosifs,  des rations de survie, Du matériel radio, qui leur permettra de communiquer entre eux. Communications cryptées qui seront relayées par satellite jusqu’à Paris le jour J… Rien ne manque. Un agent/infirmier sera du « voyage ». Des « Tigres », appareils de combat du COS,  (Commandement des opérations spéciales) sont mobilisés aussi… au cas où.

Le départ du « Mistral », qui disparait de tous les écrans-radars. Plus aucune communication autorisée pour l’équipage, et l’équipe de la DGSE avec la terre ferme. 

Première phase de l’opération: le commando et tous les équipements nécessaires sont embarqués à bord du navire le « Mistral » qui met le cap dans le secret total sur l’océan indien. Et là, à bord même du navire, sur le pont, une troisième et dernière fois, fait incroyable, la maison où était détenu l’agent a été encore une fois reconstituée, en pleine mer, pour que les hommes du commando puissent s’entrainer jusqu’au bout, sans relâche.Une frégate anti-aérienne, dotée d’appareils de haute technologie en matière de communication accompagne « le Mistral ». A bord du navire de commandement et de projection de force, une consigne: le silence absolu, aucune communication autorisée pour l’équipage avec l’extérieur. Le Mistral » est alors un « navire-fantôme » dont aucun mouvement n’est rendu public.

L’opération suivie en direct de Paris 

Le 12 janvier 2013,  à 2h, c’est par une nuit totalement noire, sans lune, (condition obligée pour assurer une supériorité tactique) et alors que les conditions météo et de mer requises sont réunies, que 5 hélicos emmenant le commando décollent du « Mistral ».  L’opération est suivie en direct, d’une salle de commandement à Mortier, où les contacts radio entre les hommes d’action sont retransmis en direct grâce à une liaison-satellite. Les USA ont fourni une assistance aérienne pour assurer et sécuriser cette liaison.  «  Le patron de l’époque, le préfet Erard Corbin de Mangoux, qui a fait de la libération de l’agent une affaire personnelle, des membres de l’état-major de la DGSE, sont là se souvient un témoin. La tension est maximale, mais nous voulions rester confiants. Encore une fois, l’opération préparée avec la plus extrême minutie avait sa chance ». Contrairement à ce qui a pu être rapporté par les « observateurs où analystes de salon » dans la presse, suite à des témoignages de paysans locaux, pris pour argent comptant,  les hélicos ne se sont jamais posés à 3 kilomètres de la cible. Ce qui selon une première version aurait alerté les shebabs.  » Nous ne sommes pas des débutants tempête un membre de la DGSE. Une telle option aurait été du suicide. Nous avions déterminé une zone de « poser » en pleine nature, loin de tout, à une dizaine de kilomètres du village où était détenu Denis Alex ». Volant tous feux éteints, les hélicoptères atteignent cette zone sans encombres, et sans que personne à terre ne s’en aperçoive. Le Commando, dispose de lunettes de vision nocturne, d’armes de poings et de Pistolets et fusils Mitrailleurs tous équipés de « silencieux ». Il entame alors sa marche avec une prudence et des précautions absolues. L’itinéraire est balisé et sécurisé, sans qu’aucune mauvaise rencontre ne vienne « perturber » la marche des « opérationnels ». (Quelques rares shebabs en armes sont éliminés sur le parcours) Les hommes atteignent enfin le village, puis dans un silence absolu le seuil de la « maison-prison ». Tout marchait alors selon le plan prévu. Le commando était prêt à rentrer en action et mener une action fulgurante pour sauver l’agent Allex. « Bien sûr, elle n’était pas gagnée dit un expert, mais c’est autre chose de devoir libérer un prisonnier vivant, plutôt que de mener une opération d’élimination pure et simple comme l’ont fait les « Seals » du Team-6 avec ben Laden au Pakistan »

Le terrible imprévu… L’incroyable déchainement des Shebab contre le commando français

C’est alors que survient  un terrible et imprévisible incident. Cette nuit-là, un somalien, shebab,  dort dehors à deux pas de la porte de la maison, dans un recoin, sous un drap sale, invisible à l’oeil nu. « L’un des agents l’a heurté du pied sans se rendre compte de cette présence » explique un des responsables qui était là dans la salle de commandement au sein de la caserne Mortier. L’homme se réveille en hurlant. Il est immédiatement « neutralisé », mais c’est déjà trop tard. Le commando de la DGSE perd en un instant l’avantage décisif de la surprise et se retrouve dans le collimateur de tous les shebabs  réveillés – et ils étaient plus nombreux que prévu, présents dans la maison- qui font  feu immédiatement sur les français dans le noir, « raflant » dans tous les sens. Autre mauvaise surprise: ils disposent d’une mitrailleuse lourde installée en plein coeur de la maison.  » On a compris alors que c’était foutu, dit un officier qui se souvient des instants terribles. On entendait les échanges radio, les cris, les coups de feu, on a compris que nous perdions des hommes. Chez nous, c’était la consternation« . Le commando, malgré l’alerte générale donnée dans les rangs des shebabs, tente une percée dans la maison, en vain. Denis Allex est entrainé à l’écart et immédiatement assassiné par ses geôliers. Il faut alors battre retraite en essuyant le minimum de pertes. Le commando réussit à s’en sortir « au mieux » n’abattant pour protéger sa retraite que des combattants armés, même s’ils étaient vêtus civilement pour la plupart.  Plusieurs dizaines d’islamistes sont tués. Mais deux hommes de l’équipe française dont leur chef sont tués au cours d’un interminable échange de feu qui va durer près d’une heure. Malgré  « la chasse aux français » lancée par des shebabs déchainés, les hommes de la DGSE gardent leur sang-froid, et parviennent à rejoindre le point prévu « d’extraction » en bataillant sans cesse. Des hélicos Tigre sont là en renfort et fournissent un appui-feu aux hommes qui rejoignent  les « Caracal ».

 » Nous savions ce risque, mais nous avons estimé ne pas avoir d’autre choix. Denis Allex n’aurait jamais été libéré explique un officier. Et le connaissant, nous pensons qu’il aurait approuvé cette mission quels que fussent les risques. Denis Allex  a vécu enchainé, 24h sur 24, pendant plus de 3 ans et rien ne permettait de penser que ce calvaire cesserait sans l’engagement d’une opération militaire. L’opé est un échec, il n’y a pas d’autre mot, et nous devons l’assumer, mais nous avions mis tous les atouts  possibles de notre côté. Rarement le service n’aura obtenu tant de renseignements en milieu hostile  et mis au point une opération aussi compliquée, dont les entraînements, puis la réalisation, ont été poussés jusqu’à l’extrême. Mais il n’y avait pas de garantie, il n’y en a jamais lorsqu’un « top » est donné« . Quelque soit l’opération.

La suite, la mise en scène macabre des shebabs , on la connait. Ce que le grand-public ignore c’est que dans les jours qui ont suivi, ces mêmes shebabs se sont  entretués, certains pensant que d’autres les avaient « donnés ».

Officiellement La DGSE ne se venge pas. officiellement… Mais confie l’un de ses membres de manière sibylline, nous n’oublions pas ce qui s’est passé et nous n’oublierons pas. Nous avons identifié le chef des shebabs qui détenaient notre camarade, et les membres de son groupe. Nous les suivons toujours à la trace. Nous avons toujours l’oeil sur eux.

Pas plus n’en sera dit. Et si « les comptes » sont (où ont déjà été)  réglés, on ne le saura sans doute jamais…

Frédéric HELBERT


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre et  journaliste d'investigation, multi-médias,  membre de l'association de la presse judiciaire, passionné par les phénomènes terroristes depuis le début de ma carrière. Très souvent sur le terrain, je souhaite partager avec tous les faces parfois moins visible des enquêtes et reportages. J'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. Ce site m'en offre la totale liberté. Vos témoignages, vos informations sont  bienvenus!

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