Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


Affaire Merah, fragilisation système anti-terro: La note secrète reçue par Manuel Valls.

Publié le 07/06/2012 à 17h39 | ,  | Commentaires fermés.

-EXCLUSIF-

Cette note a est le fruit de la réflexion de plusieurs experts incontestés de la lutte contre les jihadistes en tout genre, des homme de grande expérience ayant longtemps appartenu, où appartenant encore, au staff contre-terroriste français, et ayant été des acteurs majeurs du démantèlement de nombre de réseaux qui s’apprêtaient à frapper en France. Des « serviteurs de l’état » ne cherchant ni poste, ni promotion, connaissant parfaitement les arcanes du job et ceux qui furent impliqués (Renseignement/Judiciaire/Policier) dans la chasse et la « neutralisation » de Mohammed Merah, ( lequel était censé être pris vivant, à en croire les déclarations des responsables politiques, et techniques, en poste à l’époque). Ces homme, dont je ne trahirai pas le nécessaire anonymat, ont rédigé une note de 4 pages, évoquant, la globalité de la menace, sa mutation (j’y reviendrai) et  » l’échec de l’affaire Mérah, au regard de procéder à une action coordonnée, du renseignement, de la police judiciaire, et de la justice, à l’arrestation d’un terroriste AVANT que ce dernier ne passe à l’action « .

Selon mes sources, rédigée avant la présidentielle, la note a été alors transmise discrètement à Manuel Valls, devenu depuis Ministre de l’Intérieur, et même au plus haut échelon de l’état…. Elle permet aujourd’hui, en la relisant, de « conctextualiser » l’échec de l’opération Merah, et l’affaiblissement progressif et paradoxal du système anti-terroriste français durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle est donc une pièce capitale, puisqu’issue d’une longue réflexion menée par des acteurs de terrain, que je verse au dossier de la contre-enquête sur l’affaire Mohammed Merah.

Ainsi Pour le rédacteur de la note  » Cet échec (NDRL: de l’affaire Merah) est la résultante d’une évolution critiquable du dispositif anti-terroriste français, qui pourtant, a fait preuve de son efficacité, en mettant fin à la campagne d’attentats du GIA en 1995 et de faire juger les membres du GIA à l’origine de ces actions,  démantelant « les réseaux qui ont multiplié les projets d’attentats, CHAQUE ANNEE, de 1997 à 2003, puis encore par la suite, d’éviter à la France d’être sur son sol victime de graves actions terroristes pendant 16 années, à la différence de nos voisins allemands, anglais et espagnols « .

 » Et pourtant, le dispositif français explique t-il n’a cessé d’être contesté, contestation idéologique, le plus souvent mal fondée, mais non dénuée d’efficacité. Malgré cela, le dispositif a longtemps tenu grâce à des outils fiables et une organisation ancienne (fondation 1986), mais surtout grâce à la synergie très particulière mise en oeuvre entre des acteurs fortement spécialisés agissant chacun dans le cadre de leurs attributions, mais s’accordant mutuellement largement confiance « .

C’est là, ou le bât blesse, car s’il est bien une affaire où cette synergie a volé en éclats, c’est le dossier Mérah. Cela n’a pas surpris hélas les rédacteurs de la note, dès lors qu’ils avaient constaté  l’affaiblissement, et la fragilisation constante ces dernières années du système, au nom d’une volonté du politique (Nicolas Sarkozy, Claude Guéant..) de tout contrôler, sans aucune opposition de la hiérarchie judiciaire…

Un de ces pros de l’antiterrorisme s’explique:  » La fragilité du système a été fortement accentuée ces trois dernières années par trois facteurs: Le principal résultant, selon lui, du fait que la quasi-totalité des enquêtes (contre-terroristes) ont volontairement été confiées au PARQUET et non à des JUGES D’INSTRUCTION SPECIALISES, et ce y compris s’agissant d’enquête de longue durée, ou avec d’importants volets hors territoire national » .

En d’autres termes, ceci veut dire, qu’il y a eu volonté politique d’éviter de confier les dossiers (ouvertures d’informations judiciaires) à des juges d’instruction ayant la connaissance, le back-ground, et tout pouvoir d’investigation en toute liberté. Or ce n’est plus un secret pour personne, Nicolas Sarkozy, pour des raisons bien éloignées de l’intérêt national, a voulu supprimer les juges d’instruction, et tenté via des brimades hiérarchiques, ou autres, de saper le travail de certains, notamment des juges antiterroristes, comme celui instruisant l’affaire Karachi ou celle des Moines de Thibirine, sans faillir, quitte à se frotter à la raison d’état. Nombre de dossiers sont restés entre les mains du Parquet, dans un cadre juridique, mal approprié, mais permettant un contrôle étroit de ces affaires par la Chancellerie. Dépendante directement de l’exécutif. Pour lequel il s’est souvent avéré qu’il était urgent de ne rien faire…

«  La fragilité peut-on lire dans la note s‘est accentuée par le fait qu’il y a eu un renouvellement fréquent des acteurs du dispositif, particulièrement rapide s’agissant des magistrats du Parquet. Ce qui est allé contre le bon fonctionnement du système, puisque « outre la difficulté à appréhender une matière complexe, pour laquelle l’exigence de mémoire est particulièrement requise, ce renouvellement a favorisé UN RELACHEMENT DES LIENS ENTRE LES ACTEURS JUSTICE/POLICE/RENSEIGNEMENT/ JUDICIAIRE. Ces orientations ont été aggravées par un RÔLE ACCRU D’AUTORITES HIERARCHIQUES et administratives, NON DOTEES DES CONNAISSANCES INDISPENSABLES « .

C’est donc dans ce cadre, et cette évolution critiquable, connue de tous ceux, qui ont fait le succès du système, auparavant, que s’inscrivent les dysfonctionnements survenus lors de l’affaire Merah.

Dans la note, ces cadres du staff anti-terroriste français proposent des solutions, pour « remettre le système sur les rails »:

- Rééquilbrer le système dans toutes ses composantes, (Parquet/Instruction), (Renseignement/Justice), (Justice/Police).

- Mettre en place les conditions permettant d’éviter des turn-over constants là où la Justice anti-terroriste, qui est la mémoire du système, et son pivot, a besoin de stabilité, et de ne plus être considérée comme un « danger » par les politiques, quels que soient les dossiers abordés.

- Mettre en oeuvre une instance directe, (non politique mais technique) qui surveillerait le bon fonctionnement du système, et veillerait à la bonne marche de l’indispensable triptyque (Renseignement/Police Judiciaire/Autorité Judiciaire). Et enclencher au bon moment la « Judiciarisation » pleine et entière du dossier.

Si cette judiciarisation avait été décidée plus tôt explique « off » un des auteurs de la la note, d’abord, au retour de ses voyages en zone AFPAK (Afghanistan/Pakistan), Mohamed Merah, n’aurait pas été livré au seul traitement « administratif » nébuleux de la DCRI, mais aurait été dans le cadre d’un dossier ouvert à l’instruction placé en garde à vue, pendant un délai pouvant aller jusqu’à 4 jours, et les liens avec des affaires précédentes à Toulouse auraient été mis en exergue, ce qui peut-être eût changé la face des choses. Faute de l’avoir fait, la judiciarisation (avec saisine de juge(s) d’instruction) dès le début de l’enquête sur les tueries perpétrées par Mohamed Merah aurait là encore sans doute permis d’éviter des pertes de temps, des guerres inter-services (SDAT/DCRI) et d’identifier au vu de ce que l’on savait déjà sur le tueur à la moto,(cf. anciens dossiers où son nom apparaissait), avant qu’il ne frappe au coeur de l’école juive de Toulouse, puis qu’il ne meure « en héros du Jihad, ayant selon ses propres termes mis la France à genoux », au cours d’un assaut décidé par les autorités politiques, selon un timing, et dans des conditions ne laissant aucune  marge de manoeuvre au RAID, pour le choix de ses options de tactique opérationnelle…

Affaire à suivre…


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre et  journaliste d'investigation, multi-médias,  membre de l'association de la presse judiciaire, passionné par les phénomènes terroristes depuis le début de ma carrière. Très souvent sur le terrain, je souhaite partager avec tous les faces parfois moins visible des enquêtes et reportages. J'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. Ce site m'en offre la totale liberté. Vos témoignages, vos informations sont  bienvenus!

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  • loustic : Merci pour votre travail précis, dénué de sensationnalisme inutile, vous êtes une référence, continuez de nous informer merci
  • titof : pourquoi attendre , si nous avions détournés une tel somme nous serions déjà en prison depuis longtemps . Pauvre France si elle était...
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