Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


La « loose »: Comment André Vallini et François Rebsamen ont perdu La Justice et l’Intérieur

Publié le 18/05/2012 à 07h07 |  | 1 commentaire.

Ils étaient donnés gagnants, à Vendôme, et place Bauvau. Mais Ils ont été rattrapés par leurs « casseroles »: L’histoire secrète de deux ambitions fracassées en plein vol.

Les français le connaissent depuis l’affaire d’Outreau, et cette fameuse commission d’enquête publique qui fut télévisée en direct. André Vallini y imposa alors son image, son sérieux, une rigueur, un souci de justice, d’équité, d’impartialité qui ont marqué l’esprit collectif. Il est ensuite à l’heure ou s’annonçait la grande joute électorale presque naturellement devenu le « Monsieur Justice » du PS. Au gré des sondages donnant François Hollande vainqueur de la présidentielle, l’on a pu entendre le refrain du « Vallini sera son ministre de la Justice en cas de victoire ». Seulement voila: François Hollande avait une clause impérieuse dans son projet: rétablir une République sinon « exemplaire », du moins très présentable… C’est là que les choses se sont corsées en coulisses, car un Garde des sceaux poursuivi en Justice, voila qui eut fait désordre. Et André Vallini traine deux boulets en l’espèce. Il a d’abord du faire face à une plainte pour harcèlement moral, venue d’une ancienne collaboratrice, doucement mais surement placardisée selon elle, parce que soutient cette femme, elle refusait de céder une place que le sénateur et président du conseil général de l’Isère aurait voulu  généreusement accorder comme attachée de presse à une ex-Miss Rhône-Alpes, âgée de 25 ans. La plainte ayant été déposée aux prudhommes, André Vallini a accepté d’indemniser la plaignante afin que l’affaire ne s’ébruite pas et qu’elle se règle dans la conciliation plutôt que l’affrontement public. Mais conciliation n’est pas synonyme d’innocence établie. Le mal était d’autant plus fait, puisque cet incident a remis en lumière les méthodes de managment discutées du « Monsieur justice » du PS, qui lui avaient déjà valu les critiques ouvertes du syndicat des attachés parlementaires de l’assemblée Nationale… L’occasion était alors trop belle pour un conseiller régional de l’UMP demandant qu’André Vallini publie ouvertement la liste des rotations au sein de son cabinet, ou parait-il çà valse sec.

L’on imagine que dans le contexte actuel, et eu égard à la promesse de François Hollande, l’affaire n’aurait pas manqué de ressortir avec plus de fracas qu’à l’époque. A cela s’est ajoutée une seconde plainte déposée fin mars cette fois par l’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Grenoble, au nom d’un militant de la fédération UMP de l’Isère pour « concussion » autrement dit, pour détournement de fonds publics! L’UMP s’est défendue de mener un combat à charge « ad hominem » en incitant tout à chacun, à lire certains tracts de la CGT ou de la CFDT visant Vallini quant à sa gestion du Conseil Général.

De tout cela, rien n’a échappé au staff de François Hollande. « Si l’on veut être à la tête d’un ministère régalien aussi sensible que celui de la Justice, on se doit de ne pas être attaquable dans le cadre de ses fonctions politiques régionales » a estimé un haut responsable socialiste. Et c’est ainsi que, bien que son nom ait continué à courir pour une nomination Place Vendôme, André Vallini a été écarté par les hommes de la garde rapprochée de FH, estimant que quelles que soient les qualités du postulant, la position eut été intenable. Exit Vallini donc, et il a fallu un dernier round de chaises musicales, pour que Christiane Taubira hérite d’un ministère qui semblait promis à un « Monsieur Justice » devenu soudainement très encombrant au regard du cahier des charges imposé par François Hollande.

Rebsamen, le grand perdant de l’Intérieur

Pour François Rebsamen, ex n°2 du PS, du temps ou François Hollande le dirigeait, le processus de désintégration en plein vol a pris une autre tournure. Celui qui se voyait à Beauvau, assis dans le fauteuil de l’homme le mieux informé de France, a d’ailleurs devancé la disgrâce publique, en annonçant subitement,  avant la nomination du gouvernement, que finalement en vertu de la règle voulue par Hollande, du non cumul des mandats, il avait fait son choix en décidant de rester sénateur-maire de Dijon, précisant alors à l’antenne d’Europe 1: « Je n’attends pas de poste moi! ». Formule savoureuse et qui n’a trompé personne chez les initiés, tant François Rebsamen avait fait dans l’agit-prop jusque-là, ne manquant jamais de préciser sur son compte Twitter, qu’on pouvait le retrouver tel ou tel soir à la buvette de je ne sais quel commissariat avec les hommes de la base, tel autre en visite dans je ne sais quelle unité. Plus discrètement, celui qui avait hérité du titre de « Monsieur Sécurité du PS » avait rencontré Bernard Squarcini, flic ô combien brillant, mais ayant, de par sa fidélité totale et aveugle acquise à Nicolas Sarkozy, accumulé les casseroles, et étant devenu une cible facile, pour ceux dénonçant la DCRI comme étant devenue « la police du Prince » assumant toutes les basses besognes. François Rebsamen avait-il l’aval de ses chefs pour une telle rencontre? Etait-ce une décision personnelle? la réponse à un Squarcini cherchant à savoir à quelle sauce, il allait être dévoré? Toujours est-il que cela s’est su publiquement, et que cela a fait mauvais genre… Rebsamen n’a pas mis dans le mille non plus, en déclarant qu’il serait bon de dépénaliser la consommation de cannabis et de transformer un délit en simple contravention… Une position justement en contravention avec celle de François Hollande! Mais plus gênant, dans une campagne à trois tours, le nom du sénateur-maire de Dijon fut clairement évoqué au récent procès du « FLNC du 22 octobre », une des nombreuses branches du nationalisme corse, acoquinée à des voyous, et dont la spécialité était de ne plastiquer que les maisons ou bâtiments publics d’élus de l’ile, histoire de les inciter à ne pas se mettre en travers de projets à tendance plutôt mafieuse que politique. Le chef de cette organisation qui comparaissait devant le tribunal purgeait déjà une peine de prison, pour avoir assassiné, décapité un commerçant, et avoir jeté son corps aux cochons…

Mais que vient faire François Rebsamen la dedans me direz-vous? Eh bien, le problème est qu’en remontant le calendrier jusqu’à l’année 2000, on le retrouve sous le gouvernement Jospin, missionné ou non, tentant de négocier dans le cadre du processus dit de Matignon, avec des nationalistes dont d’authentiques poseurs de bombes, et un dénommé Bati Cannonici, qui comparaissait comme l’un des accusés du « FLNC du 22 octobre ». Une « drôle » de rencontre à l’époque organisée par le cousin de « Bati » un policier corse et franc-maçon des RG,  apparemment sans l’accord du Ministre de l’intérieur d’alors JP Chevènement, mais sans doute avec celui de conseillers de Matignon dont François Rebsamen. La rencontre eut pour théâtre le siège du « Grand-Orient de France », rue Cadet à Paris! Avec l’accord actif du grand-maître de l’époque, corse aussi Simon Giovannaï, servant de GO (gentil organisateur).  S’y retrouvèrent le 22 janvier 2000, 4 militants corses, dont Batti Canonici, alors en cavale, Giovannaï, le président de la chambre de commerce et d’économie de Corse (qui depuis est passée par la case Prison), Serge Jakobowicz, alors délégué national à l’anti-racisme et aux droits de l’homme du PS, et l’indispensable Rebsamen, « frère » lui aussi, et rien moins que secrétaire national aux fédérations socialistes. Mais voila, le secret fut éventé. La nouvelle transpira et cette oenième tentative de négociations avec les nationalistes fut un fiasco et sujet à polémiques publiques. Pour ajouter un zeste, de complexité, François Rebsamen a toujours nié avoir participé à cette rencontre, alors que tous les autres participants l’y ont vu. Le policier des RG alors impliqué, expliquant même qu’il était arrivé avec une heure de retard directement de Dijon. L’affaire fit un pataquès. Commission d’enquête et tutti quanti, et déclaration sans ambiguïté d’un certain François Hollande précisant que le PS n’avait jamais missionné aucun de ses membres pour assister à une telle réunion. François Rebsamen s’en sortit alors grâce à ses relations, persistant à nier toute participation contre l’évidence…

Reste que l’histoire est gravée dans le marbre, et qu’elle refit surface, lors du procès du FLNC du 22 octobre,  qui s’est achevé le mois dernier par une flopée de condamnations le 13 avril dernier, alors qu’une nouvelle vague d’attentats frappait une ile ou distinguer nationalisme, affairisme, grand-banditisme, devient une entreprise de plus en plus périlleuse.

C’est dans ces conditions que la messe a été dite pour François Rebsamen, et que l’impeccable organisateur de la campagne de François Hollande, Manuel Valls, qui en connait un rayon en matière de sécurité, et fut l’une des étoiles montant en flèche lors de la campagne s’est vu attribuer Beauvau -qu’il voulait clairement- mais avec infiniment plus de finesse tactique, de discrétion, d’habileté, et de popularité auprès d’une police passablement déboussolée ces derniers temps.

Exit donc André Vallini et François Rebsamen, qui  resteront dans l’histoire de la campagne présidentielle 2012 les messieurs Justice et Sécurité. Mais ces messieurs, quelque fussent leur compétences, ont échoué à l’examen final de leur dossier. Pas de pompon ministériel pour des hommes aux casseroles si voyantes, que c’en eut été du gâteau pour une opposition déjà au four et au moulin, et à l’affut du moindre élément permettant de « sniper » les nouveaux ministres du gouvernement de François Hollande.

FH


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre et journaliste d'investigation, spécialiste du Terrorisme, je couvre depuis 25 ans les unes de l'actualité. Très souvent sur le terrain, je souhaite partager avec tous la face parfois moins visible des enquêtes et reportages diffusés sur tous les médias. J'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. Ce blog m'en offre la totale liberté. Je compte bien vous en faire profiter pleinement! Vos témoignages et informations sont les bienvenus...

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  • Frederic Helbert : votre second « commentaire  » Monsieur, est une formidable outrance, qui fait tomber votre masque!...
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