Frédéric HELBERT, le blog

"Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie". Albert Londres


EXCLUSIF – Révélations dans l’enquête sur l’assassinat des moines de Thibirine.

Publié le 08/05/2012 à 12h00 | , , , ,  | Écrire un commentaire.

Le rôle des services algériens, les notes secrètes de la DGSE, les mensonges de la diplomatie française.

Le juge Trévidic veut aller autopsier en Algérie les seules têtes des moines retrouvées. Les familles des victimes, que j’ai rencontrées, le soutiennent.

 

Photo : crédit Bruno Mouron (Agence Sphinx)

La requête est officielle, mais reste sans réponse claire pour l’heure. Elle sème l’embarras dans les plus hautes sphères du Pouvoir, d’un coté comme de l’autre de la méditerranée. Le juge anti-terroriste Marc Trévidic veut se rendre à Tibhirine. Son objectif : Rien moins que déterrer les cercueils des religieux, et pratiquer une autopsie complète des seules têtes retrouvés après leur assassinat. Une commission rogatoire internationale est arrivée sur le bureau du Ministre de la Justice à la mi-janvier. Avant que la Chancellerie ne transmette aux autorités algériennes la demande. Selon nos informations, l’enquête du magistrat pose désormais clairement la question d’une éventuelle implication des services de renseignement algériens, ou de l’armée, dans l’enlèvement et l’assassinat des sept moines trappistes en 1996. Et démontre que la France a joué un rôle trouble, occultant des éléments figurant dans des notes secrètes de la DGSE. Qui a décapité les moines ? Était-ce une manoeuvre destinée à masquer une bavure de l’armée ? Une action de manipulation délibérée? Ou bien les islamistes sont-ils les seuls responsables ? Autant de questions dont les réponses se trouvent peut-être sous la terre du cimetière du monastère de Tibhirine.

ENQUÊTE Exclusive:

Au coeur du Palais de Justice de Paris, le 10 octobre 2011 se tient une réunion inédite. Pour la première fois le Juge d’instruction qui dirige l’enquête sur la mort des moines de Thibirine a souhaité réunir les familles des victimes. Dans le plus grand secret. C’est une petite salle de visio-conférence, située à l’abri des regards, qui a été choisie. Une trentaine de personnes s’y retrouvent en début d’après-midi. La réunion va durer deux heures.

Femme énergique, au regard vif, et à la détermination sans faille, Françoise Boegat, nièce de l’une des sept victimes, frère Paul, se souvient:  » C’était un moment tendu. Pour la première fois depuis 1996, nous avions affaire à un magistrat. On savait pas vraiment ce qu’il voulait. Mais nous avons très vite compris que c’était important. Que c’était absolument nécessaire à l’enquête. On sentait qu’il ne voulait pas nous heurter. Ce qu’il avait à dire n’était pas facile ». Une litote.

Car ce que veut le juge, c’est l’accord de toutes les familles pour soutenir sa démarche: Pouvoir se rendre en Algérie, avec une équipe d’experts afin de procéder à Thibirine, à l’exhumation des cercueils, et à une autopsie des seules têtes des moines retrouvées. Le magistrat a consulté des médecins-experts, avant de prendre sa décision. Ils ont estimés qu’il était encore possible, 16 ans après l’inhumation des religieux, de recueillir des indices quand aux conditions dans lesquelles ont été tués les religieux, de savoir, si ils ont reçu des impacts de balles, s’ils ont été décapités post-mortem ou non, s’il y a eu manipulation quand à un assassinat dont l’entière responsabilité a été d’emblée imputée aux seuls islamistes du GIA. Une thèse officielle que les avancées du dossier ont fragilisées. Ouverture de la première brèche en juin 2009, lorsque l’ancien attaché de défense à l’Ambassade d’Algérie, ex-membre de la DGSE, le général François Buchwalter, témoigne : il a reçu la confidence d’un officier algérien, selon laquelle, les moines auraient pu été victimes d’une bavure de l’armée de l’air algérienne. De cette thèse, et de ses doutes grandissants, après qu’il ait appris que seules les têtes des moines avaient été récupérées, l’ancien saint-cyrien, fait un rapport, adressé à sa hiérarchie peu après la mort des moines. Il y écrit : « Le dénouement tragique laisse pour l’heure sans réponses, de nombreuses interrogations, notamment sur l’identité des ravisseurs et des commanditaires, sur leur lieu de détention, sur d’éventuelles opérations militaires qui auraient causé la mort ou précipité l’exécution des otages ». Un rapport resté sans suites indique-t-il au Juge.Le black-out total a été imposé par l’Ambassadeur« .

Le soupçon pesant sur les services algériens

Depuis la déposition du général Buchwalter, l’enquête a considérablement progressé. Comme en attestent plusieurs dépositions dont celles d’Abdelkader Thiga, déserteur de l’armée algérienne réfugié aux pas-Bas, ancien officier affecté au Centre Territorial de Renseignement et d’Investigation, le CTRI de Blida. Un centre militaire, théâtre selon Thiga, de sombres manipulations, au c?ur du drame. Thiga a déjà beaucoup parlé. mais curieusement jamais à la Justice française jusque-là. Les 23 pages d’audition recueillies à Amsterdam aux Pays-Bas, en 2010 et 2011, sont désormais actées au dossier. Elles mettent en lumière une incroyable version : Des militaires algériens de haut-rang, manipulant certains terroristes du GIA, seraient allés jusqu’à ordonner que l’on fournisse une assistance technique pour l’enlèvement : Des véhicules utilitaires et une escorte de « ninjas «, des hommes de l’unité d’élite GIS, pour permettre aux terroristes de franchir les barrages de l’armée algérienne sans encombre ! Pour le pouvoir algérien,

« les moines dérangeaient parce qu’ils entretenaient de bons rapports avec la population, et avec les groupes islamiques dit Thiga dans sa première déposition. Les moines accueillaient et soignaient tous le monde. Et les islamistes avaient décrété qu’ils pouvaient bénéficier de « l’Aman« . Ce qui signifie en langage jihadique : Vous êtes en sécurité ». La tolérance, le message de paix, le refus des moines de quitter Thibirine, était difficilement supportable pour les autorités algériennes. « Qui ont tout orchestré » affirme Thiga. Les moines, selon lui, ont été enlevés par un groupe d’islamistes infiltrés : la phalange verte . A leur tête, un terroriste de haut-rang, le bras droit de l’émir du GIA Djamme Zitouni, un certain Mouloud Azzout, instrumenté par les services de Renseignements. Il avait ses entrées au CTRI de Blida, « comme d’autres qui y dormaient parfois » assure Abdelkader Tigha.

L’hypothèse de la manipulation sera évoquée aussi par un expert incontesté: Le général Rondot, envoyé à l’époque par la DST en Algérie, ou il entretenait d’excellents contacts avec le chef de la direction centrale du renseignement algérien, le général Smain Lamari. Le 27 septembre 2010, le maitre-espion, grand arabisant, est interrogé par le Juge Trévidic sur un rapport ou le général écrit quelques jours après la mort des Moines: « Très, trop longtemps, et pour des raisons d’ordre tactique, Djammel Zitouni et ses groupes ont bénéficié d’une relative tolérance de la part des services algériens. Il aidait (sans doute de manière involontaire) à l’éclatement du GIA et favorisait les luttes intestines ». Philippe Rondot pour lequel il ne fait aucun doute que c’est effectivement un groupe affilé à Zitouni, sinon Zitouni lui-même, qui a enlevé les moines précise alors : « Dans le cadre de la lutte menée par les services de sécurité algériens contre le ou les GIA, la stratégie de ces services était de pénétrer, manipuler, intoxiquer, ces groupes pour provoquer leur propre destruction ». Il affirme même que les moines y ont été amenés la première nuit, juste après leur enlèvement. Avant d’être emmenés dans le maquis et récupérés par un autre groupe: « Les services algériens ont probablement laissé fonctionné Zitouni, car celui-ci a éliminé beaucoup de concurrents. Autrement dit, il a éclairci le terrain. »

Mais le mystère reste entier sur le dénouement tragique dans l »affaire des moines. Pourquoi, quand, comment exactement ont-ils été assassinés ? Aucune réponse décisive. Ceux qui pourraient éclaircir de nombreuse zones d’ombres se taisent depuis 16 ans. Ou ont disparu depuis.

Les notes confidentiel-défense de la DGSE

Reste que d’auditions en auditions et suite à une recherche minutieuse parmi une somme de documents déclassifiés par le Ministère de la Défense l’an dernier, le juge a également découvert que les services secrets français ont obtenu très vite des « tuyaux » les laissant pour le moins songeurs. En attestent notamment deux notes que nous sommes parvenus à nous procurer. Deux notes à l’époque estampillés « confidentiel- défense » envoyées à Paris du poste de la DGSE basé à Alger. Dans la première cote – D927 du dossier – datée du 25 mai 1996, soit cinq jours avant l’annonce par communiqué du GIA de l’exécution des moines(!), il est écrit : Les corps décapités des 7 moines auraient été retrouvés dans la région de Ksar el Boukari. L’hypothèse avancée à l’Ambassade est que les têtes des moines seront vraisemblablement « livrées » à proximité de l’Ambassade, de l’Evêché ou de la maison diocésaine. Le second message de deux pages, (cote D934) daté du 4 juin 1996 explique que « Le communiqué lapidaire des autorités algériennes au sujet de la mort des sept religieux français comporte des zones d’ombres qui laissent la place libre aux rumeurs et aux interrogations quand aux causes exactes de la mort des religieux. Le rapatriement des seules têtes des victimes à Alger ne permet pas de lever ces incertitudes ». Le rédacteur anonyme de cette note rappelle que « le 30 mai 1996, un communiqué du Ministère algérien, relatait que les cadavres des sept religieux français avaient été retrouvés. Le même jour écrit-il, le service (ndlr : la DGSE) recevait une version qui stipulait que seules les têtes des religieux (et non les corps) avaient été retrouvées(…) Cependant plusieurs rumeurs remettent en question la version officielle des algériens quand aux causes et la date de la mort des sept religieux (…) Le rapatriement des seules têtes à Alger, pour leur identification par l’Ambassadeur de France, le Consul général et Monseigneur Tessier (l’Archevêque d’Alger) ne permet pas de déterminer les raisons exactes et la date de la mort des moines« . Les sources alimentant cette note ont été soigneusement supprimés de la note , avant communication du document à la Justice. Une note évoque ensuite clairement « une possible tentative des services algériens de dissimuler la cause réelle de la mort des moines » et prévient : « Enfin, à la suite d’une fuite au sein de services de sécurité, il faut s’attendre à ce que la presse fasse prochainement état de ce que seule les têtes ont été retrouvées ».

Mais il n’en sera rien. Ces notes sont restées totalement secrètes jusqu’à l’an dernier. Ce qui met en rage l’avocat des parties civiles, Patrick Beaudoin, moine-soldat de la Justice dans ce dossier : « On a voulu étouffer l’affaire depuis le début estime t-il. Depuis le premier jour on est dans le mensonge d’état, aussi bien coté algérien que français. Coté algérien, c’est la dissimulation, l’opacité totale, et coté français c’est la complicité active, alors que l’on savait des choses! Que l’on a rien dit, qu’aucune enquête n’a alors été ouverte, et que des années durant jusqu’à aujourd’hui encore, ceux qui savent restent emmurés dans le silence. Au mépris de la Justice, de la démocratie et de la mémoire de moines. Le comportement des autorités françaises est indécent et révoltant ».

Le silence et les mensonges de la France

Mais qui exactement savait au sommet de l’Etat? Qui a eu connaissance des notes de la DGSE ? Interrogé selon nos informations le 5 janvier dernier, Charles Millon, ministre de la Défense en 1996, a affirmé au Juge Trévidic avoir été totalement écarté du dossier et de la cellule de crise pilotée par le Premier Ministre de l’époque : Alain Juppé, actuel patron de la diplomatie française au Quai d’Orsay ! Une diplomatie alors étrangement muette, et dont les actions n’ont jamais cessé d’aller dans le même sens: Enterrer l’affaire. Acteur majeur de cette entreprise de dissimulation : L’ambassadeur de France en Algérie à l’époque, Michel Levêque. En 1996, ce n’est que face à la volonté farouche du père Armand Veilleux, haute figure de la communauté trappiste des moines, de leur rendre un dernier hommage, que les cercueils plombés seront ouverts à l’hôpital « Ain Nadja » d’Alger. Et que sera dévoilée une macabre mise en scène : Les têtes seules, embaumées, ont été placées sur des lits de sable, pour que les cercueils soient lestés, et ne paraissent trop légers ! A tous ceux mis au courant, l’ambassadeur en poste alors à Alger demandera a systématiquement le secret. Allant jusqu’à faire parler les morts : « Les moines ne l’auraient pas voulu » assure t-il au Père Veilleux, tourmenté par cette découverte. Ce que nie le diplomate lors de son audition du 1er février 2011. « Je ne sais pas comment il fait pour se regarder aujourd’hui dans un miroir » lâche Maitre Patrick Baudoin. Car il apparaît que la volonté de dissimulation de l’ex-ambassadeur est allée beaucoup plus loin : Il a envoyé à Paris un faux rapport d’autopsie, alors que celle-ci n’a jamais été réalisée. Interrogé sur ce point précis, Michel Lévèque fait de l’obstruction systématique. Il affirme qu’il a réquisitionné le médecin de la gendarmerie de l’ambassade pour réaliser l’autopsie. « A quel genre d’examen s’est-il livré exactement ? » demande le juge : « Les têtes ont été sorties une à une du cercueil, et le médecin les a examiné sous toutes les coutures » répond le diplomate. Qui assure avoir envoyé un rapport détaillé basé sur les constatations faites par ce médecin, à Paris.

Problème de taille : Auditionné à son tour en juin 2010, le médecin réfute cette version. Il dit n’avoir jamais manipulé les têtes, ni daté le décès, ni précisé quand elles avaient décapités, ni eu connaissances de quelconques radiographies. Le juge lui présente le rapport envoyé par l’ambassadeur à Paris, rapport très technique ou il est indiqué qu’aucune trace de projectile n’a été retrouvée. Réplique catégorique du médecin. « Je n’ai pas pas fait les constatations, ni rédigé aucune conclusion, aucun rapport ».

Convoqué à nouveau en septembre 2010, L’ex-ambassadeur de France n’en démord pas: Une autopsie des têtes a bien été faite par le médecin de la gendarmerie: « Vous devez avoir son rapport » lance t-il au juge. « Non, mais j’ai le votre! » réplique le magistrat. « C’est pareil, enchaine Michel Lévêque ! Je n’ai pas inventé çà. Je suis certain d’avoir envoyé son rapport à Paris« .

Le mois suivant, le magistrat, adresse une nouvelle une requête en déclassification d’informations protégés au titre du secret de la défense nationale. Il écrit alors : «Il nous est indispensable face à ces contradictions de déterminer s’il existe ou non des constatations médico-légales effectuées sur les têtes des sept victimes par un médecin français. Nous ne disposons en effet d’aucune autopsie, d’aucune radiographie, d’aucune expertise et d’aucun rapport médico-légal émanant des autorités algériennes ». et s’interroge :  » Les otages, ont-ils été précisément localisés et une opération militaire a t-elle été la cause directe ou indirecte de leur mort ? »

Une autopsie à Thibirine

Mais rien ne viendra l’éclairer sur ces questions cruciales. « Alors face à tant d’incohérences, de dissimulations, de zones d’ombres, le juge Trévidic a pris la seule décision qui s’imposait, assure Maitre Baudouin. Faire le travail lui-même !C’est un magistrat qui croit, ainsi qu’il l’a démontré dans l’affaire du Rwanda, à la vérité du terrain. Voilà pourquoi, il veut se rendre en Algérie et tenter de pratiquer une véritable autopsie ».

Fidèle à son éthique, le juge a tenu absolument à expliquer aux familles sa démarche. « Il a été d’une humanité formidable se souvient Franceoise Boegat, la nièce de Frère Paul. Il nous a expliqué qu’il pouvait agir sans rien demander à personne, mais qu’il ne le ferait rien s’il n’obtenait notre accord».

Pour les rassurer, Marc Trévidic détaille son plan : Se rendre directement à Thibirine, faire déterrer les cercueils, exhumer les têtes des moines, pratiquer dans la foulée, une expertise ADN pour identifier les victimes, déjouer toute tentative éventuelle de manipulation, puis l’autopsie, et immédiatement après remettre les cercueils en terre.

« Aujourd’hui nous le soutenons, parce que lui seul nous semble être en mesure de nous apporter la vérité, dit Elisabeth Lebreton, soeur du Moine Cristophe. Pour l’heure, nous n’avons que des mensonges, aucune certitude. Le juge Trévidic a su trouver les mots justes, lever nos craintes. Alors chaque famille a donné son accord, accepté un prélèvement d’ADN pour faire des comparaisons, identifier les nôtres, puis tenter de déterminer les causes de leur mort, de voir par exemple, s’il y a des traces d’ impacts de balle, comment on leur a infligé la barbarie d »une décapitation. C »est dur d’imaginer tout ça, mais nous savons tous que cela va être fait dans un souci de justice, et de de lumière« .

A l’heure qu’il est la demande de commission rogatoire internationale est entre les mains du pouvoir algérien. Une synthèse ou sont actées la demande d’autopsie, et la volonté du juge d’entendre une quarantaine de protagonistes présumés de l’affaire : Le document est un vrai « brulot » diplomatique. Les familles des victimes attendent que la France soutienne la démarche du juge d’instruction et que l’Algérie n’y fasse obstruction pour qu’enfin, 16 ans après, puissent être levées les nombreux mystères qui planent encore sur les circonstances d’une tragédie toujours emprisonnée par la raison d’Etat.

Le cri du cœur des familles de victimes

A Ancône, près de Montélimar, j’ai rencontré plusieurs membres de deux des familles des Moines. Qui réclament justice et vérité. Elles étaient présentes à la réunion secrète du 18 octobre dernier, et affirment haut et fort leur soutien au magistrat-instructeur, qui souhaite désormais se rendre en Algérie.

Françoise Boegat : « Quand le juge nous a réuni pour nous demander, de pouvoir aller autopsier les têtes des nôtres assassinées en Algérie, cela ne m’a pas heurté. Car il a été formidable. Prenant le soin de nous expliquer patiemment le sens de sa démarche. Il ne nous a pas demandé de réponse immédiate, nous laissant le temps de la réflexion. Il a su gagner notre confiance. Nous avons compris qu’il s’agissait d’une étape décisive indispensable, pour cheminer vers une vérité, que recherchent nos familles depuis si longtemps. Comprendre comment ces hommes sont morts et pourquoi.
La vérité dans cette affaire fait peur à certains. Moi, ce qui me fait peur c’est plus le silence, l’impunité, l’injustice, le fait qu’on ait voulu tuer à travers ces hommes la fraternité à laquelle ils tenaient tant, et l’espérance qui étaient la leur. Toute leur vie, ils ont été dans une clarté, dans une vérité, une neutralité avec leur voisins algériens. Aussi bien ceux qu’ils appelaient les « frères de la plaine », la population, que les islamistes surnommés les « frères des montagnes ». Aujourd’hui, nous avons une mission : Nous devons tout faire pour leur offrir la vérité sur les circonstances de leur mort atroce ».

Françoise Lebreton : « Dans cette tragédie, ce qui m’a toujours bouleversé, c’est qu’on ait pu avancer que sous prétextes que c’était des hommes de foi, des hommes de Dieu, les moines pouvaient se passer de la justice des hommes. C’est scandaleux. Tout homme fut-il d’église a droit a la Justice. Et si cela peut servir à faire aussi avancer la vérité sur la mort de centaines de milliers de victimes durant une période si sombre, tant mieux. Je voudrais aussi parler du Pardon. On ne peut pas donner son pardon à celui qui ne l’a pas demandé ! Quand on est allé en Algérie, pour les obsèques de nos frères, des dizaines de personnes, des villageois, des personnes simples, nous demandaient « Pardon ! ». Ca m’a rendu malade. des innocents qui n’avaient rien à voir avec cette barbarie qui nous demandaient notre pardon au nom du peuple algérien. Mais ce n’est pas le peuple qui a assassiné nos frères !
L’inertie de la France dans cette affaire a été révoltante. On aimerait bien maintenant que le Juge Trévidic puisse faire son travail, sans pressions visant à empêcher que justice soit faite, parce que la vérité ne serait pas bonne à dire, et qu’il y a de puissants intérêts de part et d’autre. Il nous faut la vérité. Nous soutenons tous ceux qui la cherchent. Nous demandons à ceux qui savent de parler. Qu’en Algérie, ce soit le black-out, nous pouvons le comprendre mais que la France notre pays soit complice du silence, du mensonge, c’est une honte. Nous demandons solennellement au Président de la République d’appuyer la démarche du Juge Trévidic pour qu’il puisse poursuivre son enquête sans entrave en Algérie ».

FH


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À propos de l'auteur

Grand-reporter de guerre, (souvent), journaliste d'investigation, multi-médias, tous terrains, membre de l'association de la presse judiciaire, passionné par les phénomènes terroristes depuis le début de ma carrière à Europe11. Tropisme assumé pour le Moyen-Orient et la péninsule arabe-musulmaane. Jamais rassasié d'infos,  accro à tous types d'enquêtes et reportages, j'aime explorer le dessous des cartes de dossiers sensibles. En toute liberté. Vos témoignages, vos infos, vos commentaires sont  bienvenus!

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